Le marché de l’or au Maroc est confronté à un phénomène de contrebande aux ramifications internationales, alimenté par des réseaux complexes et des zones de conflit. L’Administration des Douanes et Impôts Indirects (ADII) et les professionnels du secteur alertent sur l’ampleur de ce trafic, qui fragilise l’économie nationale et soulève des questions de souveraineté économique.
En 2024, les saisies de marchandises de contrebande enregistrées par l’ADII ont atteint 284 millions de dirhams, soit une hausse de 7,74 % par rapport à l’année précédente. Ces chiffres témoignent de l’intensité des efforts déployés pour endiguer les flux illicites. Dans le cadre du Plan stratégique 2024-2028, l’ADII prévoit une refonte du Code des douanes et a étendu l’obligation de marquage fiscal des métaux précieux via la circulaire n° 6702/210 de décembre 2025, renforçant ainsi la traçabilité de l’or sur le marché marocain.
Pourtant, le système actuel de gestion des saisies est jugé insuffisant par les professionnels. La possibilité pour les contrevenants de payer une amende et de récupérer les marchandises saisies est perçue comme peu dissuasive, favorisant la réintégration de l’or de contrebande sur le marché à des prix artificiellement bas. Selon la Fédération Générale des Fabricants de Bijoux et de Joaillerie (FGFBJ), près de 90 % de l’or brut circulant au Maroc proviendrait de circuits illicites, mettant en danger la survie des artisans et entreprises légitimes.
Le Maroc est également une destination finale pour une part importante de l’or provenant de zones de conflit. Entre 2012 et 2023, environ 200 tonnes d’or ont été exportées illégalement du Soudan, financant des groupes armés comme les Forces de Soutien Rapide (RSF), selon SWISSAID et les rapports de l’ONU. L’acheminement de cet or suit des routes complexes via la Libye et le Tchad avant d’atteindre le Maghreb.
Face à cette situation, la FGFBJ, dirigée par Youssef El Baz, a décidé d’agir plus vigoureusement. En 2026, la Fédération s’est constituée partie civile dans des affaires de contrebande, notamment dans une saisie de 40 kilogrammes d’or illicite. L’objectif est de moraliser le secteur, rétablir une concurrence équitable et protéger les acteurs légitimes du marché.
Ces initiatives combinant renforcement douanier, traçabilité et action judiciaire montrent la volonté du Maroc de sécuriser le marché de l’or face à un trafic international toujours actif et de protéger l’économie nationale contre les effets néfastes de la contrebande.


